
Vous descendez du ferry après une heure et demie de traversée depuis Santorin, et quelque chose vous surprend. Pas de rangée de scooters à louer, pas de rabatteurs pour des excursions en catamaran, ni cette odeur de crème solaire qui flotte sur les quais des Cyclades en août. Juste le bruit de l’eau contre la coque et, au loin, une masse rocheuse blonde qui grimpe vers le ciel.
Anafi, c’est le dernier arrêt avant que les ferries ne filent vers la Crète. La fin de la ligne, littéralement. Une île qu’on oublie de remarquer, tant elle se tient sagement entre deux noms plus connus qu’elle. La plateforme BookRetreats vient de comparer une centaine d’îles à travers le monde selon six critères : densité de population, artificialisation des sols, réseau routier, trafic aérien, pollution lumineuse et état du littoral. Résultat, Anafi décroche 93,8 points sur 100, juste derrière Stewart Island en Nouvelle-Zélande, et très loin devant Santorin, reléguée à la 99e place.
Selon la légende…
Anafi viendrait du grec ancien anaphaínein, qui signifie « apparaître ». La légende veut que les Argonautes, perdus dans une nuit sans étoile pendant leur quête de la Toison d’or, aient cherché, en vain, un rocher où poser le pied. Apollon fend alors les nuages et fait surgir la terre sous leurs pieds. Jason, lui, construit un temple pour le remercier, quelque part à l’est de l’île.
La légende ne dit pas ce qu’Apollon a pensé de ce petit caillou aride qu’il venait d’offrir au monde, mais deux mille ans plus tard, les blocs de ce temple tiennent encore debout, encastrés dans les murs du monastère de Zoodochos Pigi, au pied du rocher de Kalamos. Une chose est sûre, les dieux, eux aussi, savaient reconnaître un bon endroit pour se mettre au calme.
Ce qu’Appolon n’a pas dit aux Anafiotes
Pendant des décennies, Anafi a servi de lieu d’exil politique, trop isolée et trop pauvre pour intéresser quiconque. L’île a longtemps vécu d’élevage et d’une agriculture de subsistance. On en trouve encore la trace dans l’arrière-pays, avec les katikies, littéralement des « logis ». Il s’agit de petites fermes isolées, où les paysans dormaient le temps des moissons, loin des villages et près des champs qu’ils cultivaient. Sur Anafi, elles se reconnaissent à leur four circulaire en pierre planté dans la cour, une signature architecturale aujourd’hui classée.
Les plages, sans queue ni cabanon
Contrairement à ses voisines, Anafi ne roule pas des mécaniques sur son littoral. Sur ses 38 kilomètres de côtes, une vingtaine de plages se succèdent, et la plupart ne se méritent qu’à pied. Roukounas reste la plus connue, à un peu plus de quatre kilomètres de Chora, avec son sable clair et ses quelques tamaris pour toute ombre. Plus près du port, Katsouni et Flamourou se frôlent, séparées par un rocher qu’on contourne à la nage.
Plus loin encore, vers l’est, les criques de Katalimatsa et Megas Potamos appartiennent presque exclusivement aux marcheurs. Le camping y est toléré sur la plupart des plages, libres d’accès, souvent protégées du vent du nord qui balaie le reste des Cyclades.
Kalamos, le verrou de pierre
À l’extrémité orientale, la terre se cabre soudainement, comme pour se hisser au-dessus de la mer. Le rocher de Kalamos culmine à 460 mètres, relié au reste de la terre par un isthme si fin qu’il tient presque du fil. Tout en haut, l’église de Panagia Kalamiotissa surveille l’horizon et sur le versant nord, un sentier plus escarpé descend vers Drakontospilo, une grotte où l’eau continue, patiemment, de façonner stalactites et concrétions minérales.
Les Anafiotes racontent qu’Apollon n’est jamais vraiment reparti, qu’il veille encore quelque part entre Kalamos et la mer, à protéger ce petit bout de calme pour ceux qui prendront la peine de venir le chercher…
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